Comment éviter la propagation de la crise « Uber vs. Taxis » aux « Hôteliers vs. Airbnb »

Scène de fiction. Tous les médias en parlent désormais. Les pompiers sont partout. Plusieurs appartements brûlent dans Paris. Mis à mal par les hôteliers mécontents. A Gare de Nord et Gare de Lyon, des guetteurs demandent à chaque touriste de voir leurs réservations d’hôtels. Ceux qui ne peuvent en montrer sont questionnés durement, voir bousculés. Les mêmes scènes se passent aux aéroports où nombre de touristes se demandent pourquoi cet accueil loin de l’image de Paris, la ville de l’amour. Scène de fiction. Heureusement.

Mais cette scène tirée d’un mauvais film étranger vous paraît-elle si irréelle après les scènes de violence aperçues dans tout Paris et ailleurs en France entre les chauffeurs de taxis et les VTC ? Bons nombres d’hôteliers sont déjà assez virulents contre je cite « les contrebandiers », les « escrocs », « les voleurs » de la plateforme de location d’appartements entre particuliers qui compte déjà 1 000 000 de chambres disponibles contre 600 000 pour IHG, a priori le plus gros groupe hôtelier mondial.

Quelles sont les solutions pour éviter que les hôteliers et airbnb rejouent les scènes de violence du jeudi 25 juin entre les taxis et uber ? Voici quelques pistes:

– Accentuer la différence par le service: malgré tous les efforts d’Airbnb et des autres start-ups de leurs écosystème, l’expérience reste bien moins agréable qu’à votre arrivée dans un hôtel de bonne facture. Pourquoi ? Car le service des hôtels 4 étoiles est plus élaboré, plus humain. Cadeau de bienvenue. Service en chambre. Bar. Restauration. Conciergerie. TV à la demande, parfois tablette à disposition. Les hôteliers ont tout intérêt à mettre le paquet sur les services complémentaires car ces services ne seront rentables que sur une gestion multi-chambre, pas sur une location d’un simple appartement.

Éviter les abus de prix notamment:  Comme pour les taxis, certains comportements tarifaires sont peu compris par les clients. Prenons l’exemple d’une grande ville étrangère, Cologne. Pendant les salons, les prix peuvent être multipliés par 5 ou 10 ou il n’est plus rare de découvrir des chambre de 2 étoiles à 400€ ou de 3* à près de 1000€ par nuit. L’offre et la demande. Certes. Mais Il est compliqué de reprocher ensuite au consommateur de trouver des alternatives. Tous les hôteliers ne pratiquent pas ces hausses de prix. Mais les quelques uns donnent une mauvaise image de tout un groupe, comme les quelques taxis refusant la carte bancaire sont à l’origine du conflit parisien.

Garantir un équilibre légal moderne: Un équilibre des réglementations serait également un juste retour des choses. Par exemple, abolir la taxe de séjour ou l’appliquer aux locations entre particuliers, rendre une assurance spécifique « location à autrui » obligatoire. Il faut également limiter les usages professionnels de Airbnb et consors, qui louent bons nombres de chambres et atteignent des revenus parfois plus importants que certains petits hôtels. Enfin, l’état et les collectivités devraient montrer plus de souplesse et de tolérance aux hôteliers sur la notion de travaux obligatoires. Un hôtelier me racontait qu’un confrère s’est vu obligé de construire une rampe d’accès handicapés d’une longueur… dépassant la largeur du trottoir. Absurdité législative qui tend à tendre encore plus les relations entre les professionnels du secteur mis sous pression et les amateurs.

Recréer le lien entre hôteliers et riverain: enfin n’oublions pas un critère réellement essentiel. Les hôteliers sont les seuls commerçants de quartier sans offre pour les habitants du quartier, sans lien avec eux. On connaît la banque, le restaurant, l’assureur, l’épicier, le teinturier, le boulanger de sa rue. Mais êtes-vous déjà rentré dans les hôtels du quartier ? Il faut recréer du lien humain entre les habitants d’un quartier et les hôteliers. Cela peut passer par le service. Chez Quatre Epingles, nous créons un écosystème nouveau où n’importe quel habitant, consommateur, peut passer une commande de service (pressing, cordonnerie, retouche…) sur une application mobile, puis déposer ses affaires chez un hôtelier de sa rue, quelque soit l’heure du jour ou de la nuit, 7 jours sur 7. Ce service ne coûte rien à l’hôtelier et le particulier qui s’habitue à passer à l’hôtel pensera forcément à lui quand il s’agira de loger de la famille, des amis ou des collègues en visite. Cet exemple de petit geste du quotidien n’est sans doute pas énorme. Mais les gestes humains du quotidien permettront d’adoucir les relations entre professionnels de l’hôtellerie et particuliers.

Alors pendant que l’on règle cette guerre urbaine entre taxis et Uber (ou en théorie UberPop), ne laissons pas la situation dégénérer entre hôteliers et usagers d’Airbnb. Créons du lien, créons du sens, et démontrons au reste du monde que la France est un pays accueillant, moderne et qui va dans le bon sens.